Le fin du Fonds n°5 : dessins inédits d'un Poilu

Publié le par Centre Culturel-La Marchoise

Ce mois-ci, à l'occasion de l'exposition "Pages et plumes de la Grande Guerre" du Centre Culturel (15-29 novembre), nous vous proposons la découverte de dessins inédits du Poilu Raoul Frippier.

Les 9 dessins présentés font partie d'un carnet, dédicacé en 1919 à un certain M. de Gheest. Probablement retravaillées pour cette occasion, les illustrations "croquent" le soldat dans son quotidien : au front,"à l'arrière", le tout en 1916, lors des affrontements meurtriers de la Somme.

Raoul Frippier, dessinateur "engagé" et soldat inconnu

S'il a survécu à la Grande Guerre, son parcours demeure un mystère. La seule indication, sur la première de couverture du carnet, est celle de son régiment : le 1er Zouaves. Ce régiment a été réaffecté à 3 divisions différentes d'infanterie entre 1914 et 1918. Notre dessinateur et poète a probablement participé aux batailles de la Marne (1914 et 1917), des Flandres (1915), outre celle de la Somme. Or, sans indication du corps précis d'affectation, ni de la commune d'enrôlement du soldat, le périmètre des recherches reste flou.  
La piste de l'illustrateur publiant pour une revue d'après-guerre, ou celle d'un exposant à un salon, a été également suivie, sans succès à ce jour. 

Un poète

La "Ballade à la princesse de Lucinde" qui accompagne le dernier dessin présenté permet de découvrir une autre facette du talent de Frippier : un certain don pour la composition littéraire. 

Noël 1916Pour célébrer un événement d'importance au front (l'arrivée des colis des fêtes), le dessinateur choisit la forme poétique de la ballade (du verbe baller en ancien français, danser). C'est donc la danse, le mouvement rythmé, qui, à l'origine, inspire ce genre littéraire. 3 couplets et une chute, composée pour surprendre, permettent au soldat d'exprimer pleinement sa joie à la perspective d'un repas amélioré.  

L'enthousiasme parfois désordonné dans le poème (un subjonctif absent, de nombreux points d'exclamation) permet d'imaginer un jeune homme, encore imprégné de ses lectures. Il trousse les octosyllabes avec lourdeur parfois, et ''bon élève'', il signale le nom technique de la fin du poème :  « l'envoi », c'est-à-dire un demi-couplet, traditionnellement adressé à un puissant ou à une personne d'importance. Ici, on suppose une marraine de guerre.

A ce propos, on notera la tournure bravache, en adéquation avec le discours martial des institutions et de la presse de l'époque : « nous n'avons pas eu les foies » (= pas eu peur). Le courage du soldat a toute sa place comme arme de séduction dans le dialogue poétique. 

Convoquée avec un à-propos remarquable, la culture de l'auteur permet ainsi la mise à distance d'un quotidien pour le moins difficile... même si l'on peut imaginer que la page a été composée pendant une période de repos, ''à l'arrière''.   

Dessin n°9 : une autre histoire d'oie 
Dans le roman historique d'Anatole France, La rôtisserie de la Reine Pédauque, paru en 1893, Jacques Ménétrier est le fils d'un célèbre rôtisseur (aubergiste). Accusé à tort d'une faute, le jeune homme doit quitter la maison paternelle pour vivre de multiples aventures dans le monde. Le pseudonyme plaisant choisi par Frippier, « Jehan le Ménétrier », pourrait faire écho à cet ouvrage. 

 

Rédaction : Amandine Samuel, documentaliste de l'e-vellour

 

 

 

Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier
Carnet du soldat dessinateur Frippier

Carnet du soldat dessinateur Frippier

Poème "Ballade à la princesse de Lucinde"

Premiers vers (octosyllabes) illisibles

…...............................................
Vous nous avez donné des oies !


….........................? de volume
- le doux régal !
La graisse coule et je la hume
Tout ça pour nous ! Quel festival !
Jusqu'à ce jour parlons crûment
Nous n'avions jamais eu les foies.
J'en pleure d'attendrissement
Vous nous avez donné des oies !

A l'une, j'ai pris une plume
Pour nous tourner un madrigal.
Mais quel discours, même posthume,
A ce qui ? Serait égal :
Madame, solennellement,
On vous nomme, à nos grandes joies,
Cantinière du régiment
Pour que vous nous donniez des oies !...

Envoi
Princesse, il faut me pardonner
Si ma fin de ballade est autre
Que la règle l'eut ordonné :
Mon envoi ne vaut pas le vôtre !

Jehan le Ménétrier
Noël 1916





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